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My vinyl (collection) weighs a ton

Selon l’humeur du jour, ils peuvent s’avérer passionants comme exaspérants. De l’affable vendeur jazz du Gibert St Michel au Journaliste hiphop à costard, les érudits musicaux demeurent une espèce rare, sortes de thons rouges des mers mélodiques. Parmi les lieux d’expression de ces derniers, outre la revue spécialisée ou l’arrière-salle de club enfumé, figure un support plus modeste : les listes de crédit d’albums hiphop.

Si l’on sondait les amateurs de cire crépitante sur les meilleurs exemples de sampling riche et malin, il y aurait fort à parier que The Unseen tiendrait une place de choix. Le premier album de Quasimoto est en effet une démonstration de bon goût et d’ouverture, un manuel de savoir-sampler à mettre entre toutes les mains-et esgourdes. La voix à l’hélium de la salace peluche jaune se superpose allégrement à des compos recyclant la crème du jazz, de la funk, des albums fondateurs et autres B.O. de séries B.

Quasimoto, personnage énigmatique et irrévérencieux, n’est autre que le double sous hélium de l’un de ces érudits suscités, en la personne de Madlib. L’homme, à gauche sur la bannière de ce blog, est, plus qu’un producteur mythique de son genre, une vraie référence en matière de fouinage de bacs poussièreux. Si bien que lui fût confiée, il y a quelques années, la lourde et enviable tâche d’explorer l’infini catalogue de la maison Blue Note, pour en ressortir un superbe album trans-générationel. Pour The Unseen, Madlib a puisé au sein de ses amours de prime-jeunesse une hallucinante collection de vinyles. La liste d’orfèvres musicaux samplés en impose, de Roy Ayers à Galt Mc Dermott, en passant par Jimmy Smith & Wes Montgomery.

La force des puits de science, c’est de constement finir par obtenir le respect de leurs confrères (et parfois disciples). C’est ainsi que, cinq ans après la parution de l’album, DJ Troubl, « jockey » mutli-récompensé, a pris l’excellente initiative de rassembler, au sein d’un mix, différents originaux utilisés par le producteur de Stones Throw et son double jaune. A l’écoute de ce dernier, on n’en doute plus : au diable exaspération, jalousie ou frustration, c’est la passion qui l’emporte. Respect, monsieur l’érudit.

DJ Trouble – A Journey Into Fresh Diggin: Quasimoto meets Himself

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Petit bonus : L’album auquel fait allusion le titre de ce papier, lieu de la première apparition de Quas.

These « boots » are made for rappin’

Les anglicismes, c’est la plaie du fondu de musique, autant qu’un moyen efficace de briller au cours d’un apéritif mondano-parisien. D’autant plus lorsque le terme anglais s’avère presque impossible à retranscrire en mots simples de chez nous. Un Bootleg, par exemple, n’est ni complètement un remix, ni exactement une reprise. Pour faire simple, on pourrait qualifier la pratique de confrontation d’univers opposés par producteur passionné.

En somme, un Bootleg consiste en la superposition des mélodies retravaillées de songwriters (anglicisme +1) et des lyrics (+2) de rappeurs reconnus. Le résultat, souvent distribué sous le manteau, droits d’auteurs exorbitants obligent, peut s’avérer savoureux. Exemples de mariages réussis.

Tom Caruana – Enter The Magical Mystery Chambers

Mélodistes : The Beatles
Lyricistes : Wu-Tang Clan

C’est presque une garantie pour qui veut réussir sa fusion des genres : piocher dans le haut-de-gamme. Ainsi, quels meilleurs fournisseurs de mélodies prêtes à la découpe que les scarabées de Liverpool, et quelle plus grosse mine d’accapella que la discographie des neuf shaolin new-yorkais ? Malgré de solides bases, le risque de superposition hasardeuse  demeure réel, et ne pardonne pas au vu des protagonistes. Si Tom Caruana ne se prend pas les pieds dans le piège à loup, c’est en partie grâce à la bonne idée de mêler originaux des Beatles et reprises inspirées des titres de ces derniers. C’est donc sans impression de redondance qu’on navigue d’une traite d’Abbey Road à Staten Island. Projet à télécharger ICI.

Tor – IllinoiZe

Mélodiste : Sufjan Stevens
Lyricistes : Gift Of Gab, Brother Ali, Outkast…

Le projet de Tor constitue un défi presque opposé à celui de Caruana : pas ou peu de « légendes », un mélodiste seul et des protagonistes variés. C’est dans l’underground qu’a choisi d’œuvrer Tor, en choisissant pour base les compos du génial Sufjan Stevens, conteur discret du Michigan, et en y apposant les rimes de fines gâchettes reconnues. De Aesop Rock à Brother Ali en passant par CL Smooth, les voix des emcees paraîssent avoir été modelées pour appuyer les envolées lyriques de Stevens. Un « noize » sacrément agréable au final, qu’on trouvera ICI.

DangerMouse – The Grey Album

Mélodistes : The Beatles
Lyriciste : Jay-Z

C’est la première grande réussite du genre, au point de demeurer un « classique » pour certains. D’un côté, les Beatles et leur double-album blanc qui signa leur retour au rock. De l’autre, Jay-Z et son Black Album, annoncé (à tort) comme le dernier avant une retraite prématurée. Enfin, dans le rôle du liant, un producteur alors peu connu, Danger Mouse. Utilisant à merveille la voix unique de « Hova », soulignée par les riffs et les embardées binaires des scarabées, la future moitié de Gnarls Barkley donne vie à un « gris » des plus lumineux. Le Black Album sera par la suite repris par un grand nombre de producteurs, de Kev Brown à Kno, sans toute fois égaler la prouesse de cette souris.

De redite à relecture

Pratique répandue, le remix est au HipHop ce que les « Dub versions » enfumées sont au reggae : un passage obligé. Si l’exercice peut paraître aisé de prime-à-bord, il n’en est rien dans les faits. Arriver à appliquer à un accapella une nouvelle compo, capable de se démarquer de l’originale (esprit, ambiance, voire rythme) relève de tout sauf une sinécure.  Si la majorité des remixs peinent à surpasser, voire se mettre au niveau de la première fournée, il est des exceptions précieuses.

Le « Bootleg Versions » des Fugees contient l’une de ces secondes naissances. Morceau emblématique du trio, Ready Or Not représentait sa synthèse : instru en apesanteur, flows acérés, rap et chant mêlés, des références de partout… une prouesse à priori peu aisée à reproduire. C’est ici qu’entre en jeu le talent des « réfugiés » : plutôt que de  conserver les mêmes couplets et les accoler sur une nouvelle boucle, ces derniers ont préféré en réécrire la plupart, ré-agencer le tout, afin de donner l’impression d’une histoire nouvelle autour d’un même thème.

Fugees – Ready Or Not (Clark Kent/Django remix)

L’exercice, habituel chez les Fugees (qui avaient déjà décliné leur hymne « Fugee-La » sur différentes teintes) est ici renforcé par le nouvel instrumental, délivré par Clark Kent. Autre technique imparable pour une seconde version réussie : se fouler un minimum sur la production, en se démarquant au possible des influences précédentes. Quand l’original mêlait la soul des Delfonics aux incantations celtiques d’Enya, le producteur du remix a choisi de faire appel à des inspirations plus jazzy. Et c’est à l’écoute du sample utilisé que la mention « Django remix » prend tout son sens. Magistral.

Modern Jazz Quartet – Django

PS : Petit clin d’oeil à l’oreille attentive de l’homme que l’on nomme Mr Spud, pour l’album de Bootleg des réfugiés.

MacDermot – Axelrod : 20 temps d’avance

Certains s’en réclament, d’autres, plus modestes, refusent l’étiquette, et ce sont souvent les plus discrets qui méritent l’appellation. Les visionnaires, en musique comme ailleurs, sont une espèce qui se raréfie, aussi passionnante à étudier que difficile à repérer. Galt MacDermot et David Axelrod sont de ceux-là, de ces artistes capables d’intégrer ce qui a passé pour mieux imaginer ce qui vient. Des touche à tout, musiciens, compositeurs, arrangeurs, amateurs de Jazz, de Soul comme de Classique. Deux génies bien vivants, en accord avec leur temps, et qui, des années après leurs premières compos, continuent d’inspirer bon nombre de tritureurs sonores.

Galt MacDermot, c’est le voyage. Né en 1928 à Montréal, ce fils de diplomate pianiste a été baigné très tôt dans le Jazz et le classique, au point de se lancer dès ses 8 ans dans l’étude du piano. Suivant son père quinze ans plus tard en Afrique du Sud, il devient prof de musique, et découvre de nouvelles sonorités. Les percussions et chants traditionnels du Cap font echo au Jazz de Duke Ellington (qu’il vénère). C’est d’ailleurs de cette inspiration que naitra le premier titre diffusé de Galt, « African Waltz » (popularisé par Cannonball Adderley). Mené à New-York par le succès du titre, le canadien y composera son premier album, « Shapes of Rythm », et fondera le label Kilmarnock Records.

En 1967, MacDermot se lance dans la composition de Hair. Après des débuts laborieux, le spectacle cartonne, s’exporte -presque- partout, et fait l’objet d’un film. Un succès inespéré pour son auteur, mais, surtout, un réelle aubaine, Galt pouvant alors désormais se concentrer entièrement sur la musique, sans soucis de rentabilité. Entres bandes originales de films (dont l’un des premiers estampillé « Blackspoitation ») et retrouvailles avec ses collègues Jazzmen, MacDermot avance, bidouille, explorant Amérique comme Afrique.

Comme une confirmation (peu nécessaire) de son statut de compositeur génial, Galt MacDermot aura au fil des années inspiré bon nombre de musiciens, de reprises bien senties en hommages samplés.

Héritage sélectif :
Coffee Cold >> Handsome Boy Modeling School – The Truth
Space >> Busta Rhymes – Woo Hah
And He Will Not Come Again >> Wax Tailor – Que Sera
Golden Apple, Pt II >> Jay Dee – Mash

David Axelrod, ce sont les rencontres. Le première avec les cuivres de la Soul et du Jazz, dès sa naissance en 36, suivis de près par la batterie, qui lui permettra d’honorer ses premiers contrats à 20 ans à peine révolus. Puis ce sont d’autres musiciens, d’abord Lou Rawls, puis Cannonball Adderley (encore lui), pour qui il produira albums, reprises de standards, et premiers succès. C’est chez Capitol que David sort ses deux premiers albums, « Songs of Innocence » puis « Songs of Experience », deux petites merveilles espacées d’un an seulement.

En 1970, Axelrod quitte Capitol pour fonder sa propre maison, comme l’avait fait Galt avant lui. Il continue alors à travailler avec Rawls et Adderley, découvre de nouvelles voix, influences et inspirations, et produit de nombreux albums, dont certains ne verront jamais le jour. C’est une récente rencontre, en 2005 avec le mythique label Blue Note, qui permettra la venue au jour de « The Edge« , superbe anthologie, résumant 4 années de chemins croisés.

Comme MacDermot, Axelrod aura, dès les années 1990, inspiré le travail de nombreux adeptes du sample bien senti, de Dj Shadow à Dr Dre. Des rencontres, encore et toujours.

Héritage Sélectif :
Holy Thrusday >> Pete Rock & Ini – Think Twice
Urizen >> Jurrassic 5 – A Day At The Races
The warning talk (part 1) >> Mos Def – Hip Hop
A Divine Image >> Cypress Hill – 16 Men Till There’s No Men Left

Faire-part

superflyJ’évoquais le problème dans un précédent billet : le taux de natalité a tendance à diminuer au sein des familles de fournisseurs sonores. Fécondité réduite par la main-mise des grandes enseignes, rapports moins fréquents avec les amateurs de galettes, peur des M.S.T. (Musiques Sérialement Téléchargées), les explications sont multiples. Toujours est-il que chaque arrivée d’un nouveau-né chez les disquaires indés représente une vraie raison de se réjouir.

Paulo ‘Superfly’, Manu Boubli et Julien « Djouls » Lakshmanan sont donc heureux de vous annoncer la venue au monde du shop Superfly Records. Issu de l’union des passions de ces trois activistes pour les musiques cuivrées, le nourisson est un beau bébé métis, aux origines afro-latino-américano-jamaicaines, berçé par la funk, le jazz ou, comme son patronyme l’indique, la soul des belles années. L’accouchement a eu lieu au sein du 3ème arrondissement de Paris, rue Notre-Dame de Nazareth (pré-destinée aux adorateurs du dieu son).

flysuperfly

Le berceau est d’ores et déjà rempli de vinyles et CD, souvent rares, mines de samples potentiels, de breakbeats déchainés, de plaisirs auditifs en tous genres. Et, si vous souhaitez gâter le petit, sachez que vente et échanges sont également à l’honneur. Le baptème de Superfly a eu lieu le 7 Novembre, mais les festivités sont prévues pour durer. N’hésitez donc pas à venir rendre visite à cet enfant du son, nouveau représentant d’une espèce à proteger, définitivement.

Giving Up, la traçabilité dans le sillon.

gladysph9A l’heure de l’appauvrissement des ressources et d’une certaine incapacité à savoir faire du neuf avec de l’usagé, la musique peut se poser en étendard de la génération Hulot. Pouvoir des MPC oblige, tout son se recycle, et n’importe quel vieux vynile oublié peut crépiter à nouveau, avec de nouveaux sillons creusés par des artisans armés comme des ingénieurs.

Le jeu de certains curieux consiste alors à retracer, à coups de recherches dans les bac à disques, ou, il faut l’avouer, sur google, les origines de ces sons entendus sur la dernière tape X ou le show nocturne Y. Ces fouineurs sonores, on les nomme Crate-Diggers, ou fouineurs de bacs, s’il faut franciser. Et, de sample original en reprise maline, en passant par des versions alternatives bluffantes, il aboutissent parfois à de passionnantes lignes de vie pour des morceaux et auteurs qui n’en esperaient peut-être pas tant.

Giving Up, ritournelle soul de Glady Knight, est de ces morceaux refusant de se mesurer au poids des années, et pour lesquels un petit historique s’impose.

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L’original : Gladys Knight & The Pips
Enregistré en 1964, juste avant la signature chez Motown, Giving Up fut l’un des nombreux tubes de Gladys et ses Pips, à qui l’on doit, entre autres, la version originale du « I Heard It throught the Grapevine », popularisé par Marvin Gaye. Une belle composition soul, narrant l’impossibilité de se résoudre à quitter l’être aimé, soutenue par la voix d’or de Gladys. Symbolique d’une époque.

Les reprises : Donny Hathaway, puis The Ad-Libs
Les années 70, c’est l’âge d’or des « covers ». Ces versions pondues par des groupes ou artistes soul, voire reggae, contribuant à affirmer le statut de classique d’un morceau, et agrémenter les faces B des 45 tours. Donny Hathaway, pianiste à la voix de miel, s’est fendu d’une relecture mélancolique et nocturne du titre. La Version des Ad-Libs, moderne et entêtante, est ce qu’on appelle une mine à sample : cordes puissantes, voix superposées, variations rythmiques… il n’y aurait plus qu’à attendre les curieux, qu’on ne voyait pas encore venir.

La relecture : Hairy Diamond
C’est à un producteur méconnu mais plutôt malin que l’on doit la première version samplée et retravaillée du titre des Ad-Libs, en 2001. Acceleration de la voix (pitchée), ajout d’une rythmique plus puissante, augmentation des basses, la recette d’un sampling réussi est appliquée, et le résultat remarqué, au point d’illustrer des spots pour voitures onéreuses.

La « caution » HipHop : J-Live et consors
C’est la suite logique à la mise en lumière de l’intérêt du sample par Hairy Diamond : nombre d’artistes rap on utilisé le gimmick violons/voix pour y poser leurs rimes. On citera pêle-mêle J-live et R.A. The Rugged Man sur une compilation du Wu-Tang Clan, Doujah Raze ou Lord Jamar, figures underround, ou encore les franchies Kool Shen et Faf Larage. Mais, dans tous ces cas, on ne s’éloigne que peu de la version de Diamond.

La « French Touch » : La Fine Equipe
La Fine Equipe, c’est un collectif de producteurs français (parmis lesquels Onra ou Mister Modo), à qui l’on doit le très gustatif « La Boulangerie », paru l’an dernier. Composé de petites sucreries, l’album est un hommage peu masqué au « Donut » de feu J Dilla. Parmis ces courts morceaux, aux titres évocateurs, on trouve « Brioche », produit par Blanka, reprenant notre sample. Et, ici, le travail effectué est réel : découpé, trituré, ragencé, le titre est presque méconnaissable, et retrouve un intérêt certain. Surement la plus aboutie de toutes les versions à mon goût.