Rhymesayers – Art Mature

Le plus souvent, avoir quinze ans, c’est observer d’en bas des aînés dont on envie le cheminement. Pour Rhymesayers et son créateur Slug, c’est déjà l’âge de raison et la possibilité de se retourner sur son parcours avec fierté.

Si sa date de naissance fait toujours débat, on peut attribuer une trentaine d’années au hiphop. Un âge certain, demeurant néanmoins bien éloigné du Jazz, de soixante ans son aîné. Mais est-il finalement nécessaire de faire figure de vétéran pour afficher une fière maturité ? Tout comme le terrain de jeu de Davis et Coltrane, le rap peut se targuer de compter de multiples sous-genres, influences et sonorités. Le tout, variant selon l’héritage et l’origine de ses représentants, finit par conférer à ce « genre » trentenaire des allures de vieux briscard.

S’il fallait, en appui de ce constat, un modèle de parcours riche et abouti, ce pourrait être celui de Rhymesayers. L’acte de naissance du label fait figure d’exception. Basée à Minneapolis, à des lieues de l’axe Est-Ouest-Sud dominant dans le milieu, la structure est née de la motivation d’un seul homme, Slug, orateur désabusé de son état. L’homme ne répond à aucun schéma. Loin de toute verve « gangsta », dépourvu d’attirail clinquant, Slug est un gosse de l’Amérique moyenne qui a roulé sa bosse, et sa musique s’en ressent. Accompagné d’Ant, DJ et producteur polymorphe, il forme Atmosphere, figure de proue et symbole de l’esprit du label. En douze années et sept albums, le duo a marqué le rap indépendant d’une patte personnelle, dans la veine de lyricistes pince-sans-rire comme Qwel ou Sage Francis.

Face à une discographie sans failles, certains férus de sérénades cuivrées rétorqueront vite que, tout cheminement étant source de rencontres, il serait réducteur de n’avancer en duo. Slug l’a compris, et c’est, les années aidant, une véritable armada de représentants de son art qu’il a su réunir à ses côtés. Murs, Abstract Rude, ou, plus récemment, Freeway et Evidence, sont autant de noms chatouillant l’ouïe du fouineur de vinyles. L’amateur d’expérimentations sur MPC verra lui d’un bon oeil la présence du binaire P.O.S. ou des é(c)lectriques Micranots. Enfin, Rhymesayers peut se targuer de compter dans ses rangs l’un des rimeurs les plus talentueux de ces années de disette, en la personne de Brother Ali. Le rappeur albinos du Minessota possède l’alchimie devenue rare d’une voix puissante et reconnaissable, de textes pensés et pertinents et d’un flow percutant, lui valant la réputation méritée de « précheur du ghetto ».

C’est donc en très bonne compagnie et sur des rails en béton armé que Slug peut poursuivre sa route, dans le sillon crépitant des plus anciens. Et, qui sait, peut-être un jour prodiguera-t-il ses conseils aux jeunes représentants d’un genre à venir, en vétéran aguerri qu’il sera.

Liens

Site du label
Myspace
Myspace Brother Ali
Myspace Atmosphere

Article paru dans le numéro de Février d’Openmag

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About Manuel De Castro

Developpeur, concepteur, rédacteur, passionné de musique(s).

One response to “Rhymesayers – Art Mature”

  1. olivier says :

    dope !

    A propos de Brother Ali, son concert au Glaz’art :

    http://www.grandcrew.com/videos/brother-ali-novo-hip-hop-on-top-glazart-live-concert-video

    + de 70 min. de pure boulette.

    enjoy !

    j’me demande qui m’avait filé le plan pour y aller…
    ne serait-ce donc point cet espèce de portugais qui nous sert de chroniqueur tant aimé !

    Saudade !

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