Mash-Up Session #1

Petit podcast à la gloire du carambolage auditif sur musique périphérique.

Et… BANG !!!

Aloe Blacc & Exile – Séparation de gré

« Á deux, c’est mieux »… la maxime a eu le vent en poupe dès lors que le hiphop a oublié l’esprit de troupe. Les exemples de duos talentueux accouchant de carrières solo discutables se dénombrent au-delà des deux doigts d’une main. On citera Capone et Noreaga, restant à des lieues de leur CNN commun, ou la scission bancale (puis réunification) de Starr et Shen. Mais, comme toute règle, celle du « duo insoluble en solo » tient son nombre de contre-exemples. En figures de proue de ces derniers, Aloe Blacc et Exile ont prouvé que si de deux, on retient un, on arrive à multiplier univers et expériences.

Additionnés, les compères de Los Angeles ont formé Emanon, combinaison chère à bon nombre d’amateurs de boucles downtempo et sac-à-dos. En 2005, sur The Waiting Room, Exile produisait pour un Aloe Blacc qui, la plupart du temps, s’en tenait à rapper, tout en laissant poindre, l’espace d’un refrain, un timbre soul non-déplaisant.

C’est l’année suivante que la route à deux voi(es)(x) se scinde, menant ses occupants vers des destinations opposées, au gré des envies. Exile, soucieux dans un premier temps de multiplier les collaborations, enchaine sur la production de son premier album de producteur. Sur Dirty Science, quelques instrumentaux prometteurs croisent le chemin d’une guest-list tendant un pont entre l’indépendante Californie et la glorieuse côte Est (M.E.D., Ghostface, Slum Village, et, bien sur, Aloe). Après une nouvelle réussite en duo avec le rookie Blu, le DJ se lance dans la production d’un premier album instrumental et expérimental de grande classe.

Exile – Sound is God

Exile – Love Line

Radio naît de l’idée de capturer, triturer et ré-agencer l’hertzien californien. Le résultat surfe sur des ondes oscillant entre J.Dilla et DJ Shadow, tout en imposant la patte émancipée d’un producteur malin. Si exile donne donc dans l’innovation, Aloe Blacc a lui choisi de donner de la voix. Signé sur le mythique Stones Throw, maison mère de Madlib et consors, il s’oublie MC et se fait vocaliste. Après Shine Throught, premier album navigant entre soul et nappes électro, l’autre moitié d’Emanon revient aux fondamentaux du genre en 2010. Largement et justement buzzé, son I Need A Dollar est rapidement devenu symbole d’une génération réconciliant Motown et Rawkus, Outkast et Syl Johnson.

Au vu de cette volontaire scission menant à l’émancipation sonore des deux comparses, on se voit rassuré quant à la capacité d’un duo à arpenter de beaux chemins solitaires. Et la maxime surranée de muer… « Si à deux, c’est mieux, c’est en solo que vient le renouveau ».

Meltin’ Pod #1

A bien y réfléchir, ils ont bon dos, le téléchargement, la télé-réalité ou les campagnes à gros budget. Et si, tout simplement, ce qui tuait la musique aujourd’hui n’était que la division ? Entre les pistes, les genres, les périodes, les instruments et leurs possesseurs… On zappe, classe, rayonne, cloisonne, pour finir par en oublier que du mélange naît souvent l’unité. Celle qui peut surgir de l’alliance du jazz avec les rythmes reggae, de la rencontre entre un chant rock 70’s et un Fender-Rhodes, de la réponse d’un scratch à un solo de sax’ alto. Du crépuscule en forme d’orgie sonore des années 60 aux formations curieuses et vieux briscards ouverts des années 2000, petite sélection de musique en fusion, avec la rythmique en toile de fond. (Et en une seule et unique piste, ça va sans dire…)

MTMU – Meltin’ Pod 1

http://www.fileden.com/files/2010/5/20/2865144/MTMU%20Melting%20Pod%201

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Tracklist :

1 : Courtney Pine – The JazzStep
Back In The Day (2000)

2 : The Quantic Soul Orchestra – Babarabatiri
Stampede (2003)

3 : Ernest Ranglin – Profiles
Modern Answers to Old Problems (2000)

4 : Africando All Stars – Betece
Mandali (2000)

5 : Leon Parker – Ray Of Light
Belief (1996)

6 : Madlib – Song For My Father
Shades Of Blue (2003)

7 : Galt MacDermott – Coffee Cold
Shapes of Rhythm (1966)

8 : 24 Carat Black – Ghetto-Misfortune’s Wealth
Ghetto-Misfortune’s Wealth (1973)

9 : Crazy Elephant – Pam
Crazy Elephant (1969)

10 : Shuggie Otis – Aht Uh Mi Hed
Inspiration Information (1974)

Bandes reprisées

Le folkeux solitaire, le DJ bidouilleur ou le télé-crocheté à barette n’y sont pas étrangers : la reprise paraît souvent comme un art solitaire. Le postulat vaudrait s’il n’existait des combos plus collectifs qu’intimistes, soucieux de rendre hommage aux ainés, sur bande et en bande. Des fanfares de cuivres aux sections de cordes, exemples de brassages d’influences.

El Michels Affair : L’esprit du Clan

C’est une sorte de retour à l’envoyeur. En bons trentenaires qu’ils sont, on imagine aisément les membres du collectif de Brooklyn influencés par le travail de leur voisin RZA et guidés par son amour pour le funk. C’est alors tout sauf une surprise de voir le combo apparaître sur scène aux côtés des membres du Wu-Tang, puis de lui rendre hommage le temps d’un album.

Sur « Enter the 37th Chamber » (en hommage aux 36 chambres du mythique premier essai du clan), les neufs gaillards d’El Michels Affair font sonner les productions du crew de Staten Island comme les disques qui les ont enfantées. Le résultat, bluffant au possible, met à jour une filiation essentielle, et rappelle, si besoin, que les enfants de RZA sont aussi ceux de JB.

The Apples : Covering in the name of…

Si le lien funk-hiphop est donc évident, on ne lie que rarement les adeptes de la caisse claire à ceux de la gratte électrique. Ce serait oublier que nombre des accrocs aux assauts funky ont eû au biberon leur dose régulière de métal. Le meilleur exemple en la matière demeure Rage Against The Machine, premier groupe à fusionner sans complexes rythmes et genres. Cette énergie tirée du choc entre binaire et breakbeat se voit résumée le temps d’une géniale reprise des Israélien de The Apples.

Tout est là : la « rage » des métalleux de L.A., les rythmiques survoltées affectionnées par les breakers, les cuivres graves chers aux danseurs de boogaloo… Ainsi, bon nombre de passionés aux nostalgies différentes se trouvent rassemblés par la force d’une bande. Il est d’ailleurs fort à parier que Zack de La Rocha lui-même validerait l’initiative, en bon melting-pot sur pattes qu’il est.

J.Dilla : Mémoire collective

On le vérifiera surement dans les mois à venir pour « feu » Guru : les hommages à une gloire du rap disparue se résument le plus souvent à des mix rétrospectifs et autres fonds de tiroirs apposés en tête de gondole. Ce fut le cas pour J. Dilla, producteur emblématique d’un hiphop teinté d’influences soul, disparu fin 2006, et sujet d’innombrables commémorations sur piste à la qualité variable et aux intentions discutables.

Première aiguille lumineuse au milieu de cette botte posthume : Suite For Ma Dukes (du nom de la mère du producteur), projet initié en 2007 par Carlos Niño et Miguel Atwood Ferguson, adeptes de la première heure de Jay Dee. Ici, on ne parle plus de bande mais d’ensemble : les deux musiciens ont en effet rassemblé un orchestre de 40 musiciens classiques pour rejouer les productions du défunt génie de la MPC. Le résultat, destiné à pouvoir être joué en parrallèle à l’original, met en lumière le talent de musicien de celui qui était avant tout un amoureux de son et un batteur hors-pair.

Autre hommage notable à Dilla, celui que lui ont rendu ceux dont il avait su mettre les influences en valeur : les Musiciens brésiliens. Reprenant le génial sample original du « Runnin' » des Pharcyde, DJs et Batteurs ont fait revivre la musique du natif de Détroit dans ce qu’elle avait d’universel. Ici encore, le nombre fait la force, et de la force naît l’émotion. Obrigado messieurs.

What’s In Your Bag ?

Tous y sont passés. Le rock a eu ses perfectos cloués et le grunge ses jeans troués, le jazz ses Stetson et Weston… Musique et look sont liés, indéniablement, et l’apposition n’est pas forcément vide de sens. Ainsi, pour ce qui est du hiphop, énumérer les accessoires arborés revient rapidement à cerner sous-genres et orientations. Nous avons eu le rap-baggy, la rap-Adidas, le rap-complet-veston, le rap-Lacoste (tchh tchh !!) ou plus récemment le rap-lunettes-à-store. Mais, s’il est un attribut vestimentaire qui restera lié au hiphop comme un esprit, un mode de vie, c’est bien le sempiternel sac-à-dos.

« What’s Hiphop without his backpackers ? »… La question du vétéran Fatlip (The Pharcyde) résume ce que le sac à lanières représente pour beaucoup de -plus ou moins- vieux briscards en quête d’authenticité. Le rap-sac-à-dos, c’est celui de la rue, des heures du boom-bap, l’accessoire adossé à Q-Tip, Pete Rock, au Busta des débuts comme aux dizaines de têtes hochantes dans la fosse du Batofar. Si pour beaucoup, les Backpackers se font aussi rares aujourd’hui que leurs mixtapes cassette de collection, il demeure bon nombre de résistants préférant Eastpack à Vuitton. Passage en revue de MCs aux sacoches vides de dollars  mais pleines de bonnes vibesAlors, t’as quoi dans ton sac ??

The Doppelgangaz : Quelques bombes du NY sombre

S’il est une ville dans laquelle arborer une besace bien remplie revient à assurer sa survie, c’est bien New-York. Le duo Doppelgagngaz, formé de EP et Matter Ov Fact a sans doutes parcouru les principaux quartiers de la grosse pomme de fond-en comble pour remplir son sac-à-dos d’influences en forme de melting-pot. A la sortie, on retrouve les ambiances sombres du Queens, les grosses basses de Brooklyn, ou les samples souls de Staten Island, berceau du Wu-Tang. Distribué gratuitement, 2012: The New Beginning, leur premier essai, est, sans en avoir l’air, une des vraies belles réussites de ces derniers mois, pour qui recherche de l’authentique et du (bon) cru.

A.R.M. : Des pompes de rando et de bons potos

Loin de l’accessoire urbain, le sac d’A.R.M. tient plus du compagnon de bourlingue. Les MCs M.anifest, Krukid et le trompettiste-producteur Budo forment en effet une clique cosmopolite : Minneapolis, Seattle, Ghana, Ouganda… et le hiphop comme point de convergence. Forts d’une belle réputation dans le sous-sol aux murs de cuivre, le trio prépare la sortie d’Uprising, premier long format. Et, comme un symbole, ils accueillent sur le clip du très bon « Heaven Only Knows », l’un des symbole des Backpackers modernes, en la personne de Brother Ali. Truth is near.

Intuition : Beats ficelés et strings-ficelle

Sur la côte Ouest, le sac-à-dos, c’est aussi (et avant tout ?) un accessoire de drague, tout comme Ray-Ban et chemise retroussée. Rappeur nonchalant de Los Angeles, Intuiton est un habitué des barbecues d’arrière-cour arrosés, tout comme ses compères Slug ou Nocando. C’est d’ailleurs à la façon (et en compagnie) de ces derniers que le MC dépeint sur ses albums sa vision d’une Amérique authentique et bigarée, tout autant que son (dés)amour pour la gente opposée. Cul-de-sac.

Me’shell Ndegeocello – Le syndrôme des quatre cordes

Plus qu’une talentueuse touche-à-tout, Me’shell Ndegeocello est aujourd’hui l’ambassadrice d’un instrument tant essentiel que délaissé. A l’ombre d’une mythique cousine dont elle se fait pourtant l’indispensable clé de voûte, la basse compte nombre de géniaux manipulateurs. Et quand Me’shell la fait vibrer, la lumière n’est plus si lointaine.

Deux cordes… un duo de filetages d’acier, marquant la distance entre gloire et reconnaissance. Si, dans le monde du vent, sax et trompette jouent à armes égales; si les congas ou djembés se font complément des peaux de batteries, l’univers des cordes offre une inégale cohabitation. Quand la sacrosainte sextuple-cordée n’en finit d’attiser passions, vocations et louanges, il en est autrement pour la basse. Vouée pour beaucoup à marquer le rythme plus qu’imposer la mélodie, elle s’avère pourtant essentielle, posant les fondations du hiphop, se faisant alliance du mariage entre jazz et funk, liant « reggae » et « vibrations »…

Si la basse a accompagné naissance et vie de nombreux styles, c’est qu’elle a eu la chance de passer entre les mains de talents hors-du-commun. Il a fallu des Jaco Pastorious,  Stanley Clarke ou Robbie Shakespeare pour « slapper », « tapper », et faire d’un instrument voué à pallier des lacunes sonores un réel outil créatif. Me’shell Ndegeocello est, sans doute aucun, à ranger au sein de cete glorieuse famille. Née à Berlin, la dame n’est pas qu’une touche-à-cordes : auteur, compositrice, pianiste, rappeuse à ses heures, Me’shell est une expressive, ayant la musique pour porte-voix. Remarquée dès la sortie d’un premier album atypique cultivant une troublante androgénéité, la bassiste américaine s’est posée en représentante décomplexée d’une soul englobant héritage et descendance dans un vibrant cocon.

« Vibrant« , voilà le mot. Me’shell vibre, son instrument l’aidant et sa musique s’en ressentant. Et c’est autour de ces ondes que, par effet DO-MI-no, viennent à communier tous styles et instruments. Lire la Suite…

[itw] A.S.M. – Entrain de vie

Face à la vitrine pour joaillier qu’il tend parfois à devenir, il est bon de se rapeller que le hiphop était à l’origine symbole d’ouverture d’esprit. Les trois membres d’ASM, compagnons de route de Wax Tailor, nous en offrent la preuve sur un album-madeleine, plein de bonnes vibrations et inspirations. Avant leur passage à l’Olympia, entrevue avec une clique éclectique et pas clinquante.

D’ou vient le nom du groupe ?

A l’origine, le nom vient de deux « crew » de graffiti dont nous faisions partie : AS d’un côté, SM de l’autre. Ensuite, les initiales signifient « A State of Mind« , en rapport à notre état d’esprit concernant le hiphop, mais aussi la vie en général. On essaie de profiter au maximum de la vie, rester positifs, loin de toute la mode « gangsta ».

En écoutant votre album, on pense à des groupes comme Blackalicious ou Jurassic Five, qu’on classerait dans la famille « cool hiphop ». Vous pensez qu’il faille l’opposer au rap plus « hardcore » ?

Bien sur, il y a tellement de différences notables. On adorerait bosser avec les groupes que tu as cités, mais si un 50 Cent se ramène et nous propose une collaboration… bon, on accepterait surement, mais sous un nom d’emprunt (rires). Au final, on est plus en phase avec la soul des années 60 qu’avec une partie du hiphop actuel.

Vous venez tous les trois de pays différents, et, à l’écoute de votre album, on ressent des influences très variées. Vous considerez-vous comme un groupe de hiphop international ?

Complètement ! D’ailleurs, le nom de l’album y fait référence. Le « Platypus » (ornythorinque, NDLR) est une créature hybride, un peu comme nous. On a tous plusieurs passeport, on voyage beaucoup. Ca se ressent dans notre musique : on est influencés par la funk des 70’s, le reggae-roots, comme le hiphop des années 90. Lire la Suite…