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Kitsch & catchy

Plus que des stickers apposés sur boites en plexi, ce sont de vrais arguments commerciaux, dignes d’un label « 100% Bio ». Du parental advisory qui effraie les mormones mamans au produced by X (ou featuring Y, au choix), les galettes vendables finissent par donner aux têtes de gondole des allures de panneau de fer en fronton de mairie.

Inamovible parmi les inamovibles, le fameux as seen on MTV, prompt à aguicher tant la consommatrice de futilités câblées que le jeune qui se cherche à baggy-bas-lunettes-à-stores-sac-vuiton. Par ce « vu à la M-télé », comprendre souvent « album faiblard, peu homogène, mais porté par un clip à gros budget, réalisé par un jeune-qui-monte trentenaire pas foutu d’atteindre la case ciné ».

A l’opposé de ces démarches UHU-stick, on trouve, en creusant plus loin qu’une télécommande Free, des vidéos de bric-et-de-broc qui ne payent pas de mine, mais portent de bien bons morceaux de hip-hop. Petite sélection, as seen on confidential blogs.

Robust – El Foto Grande (2007)

Extrait du second album du membre des Galapagos 4, El Foto Grande est un titre entêtant, porté par une rythmique bien foutue. Pour l’illustrer, un méli-mélo d’images, sorte de voyage dans un chicago rêvé. Les effets sont parfois dignes d’un stagiaire sous-payé, le tout peut prêter à la moquerie, mais, à bien s’y attarder, accompagne à merveille cette ôde à l’image-ination. « Life is like a cartoon if you look close enough« … alors, on relance le clip, et on se rapproche.

El Da Sensei – Crowd Pleasa (2006)

Ah, la magie du fond bleu… on se dédouble, on se met  la tête à l’envers, on adapte le Passe-Muraille à la sauce mur-graffé. Apposé à un morceau banal, la vidéo sevirait de contre-exemple tout prof d’école de ciné. Mais lorsque c’est la moitié d’Artifacts qui y pose sa voix unique sur une production dantesque, on en vient à trouver le tout efficace, au point de se dire qu’un clip rutilant aurait altéré la chose. Respect.

Quasimoto – Rappcats (2005)

Plus qu’un simple montage, un hommage à l’art de la vidéo low-budget. Madlib et son double sous hélium retracent 20 ans de hiphop en 2 minutes. Et tout y passe : des tenues improbables, de la rue ou du fond blanc-écru, des Adidas sur dancefloor, du fluo, du jean, des bains moussants… A des années-lumière des clips câblés, mais à portée de main du vrai.

Le plus souvent, avoir quinze ans, c’est observer d’en bas des aînés dont on envie le cheminement. Pour Rhymesayers et son créateur Slug, c’est déjà l’âge de raison et la possibilité de se retourner sur son parcours avec fierté.

Si sa date de naissance fait toujours débat, on peut attribuer une trentaine d’années au hiphop. Un âge certain, demeurant néanmoins bien éloigné du Jazz, de soixante ans son aîné. Mais est-il finalement nécessaire de faire figure de vétéran pour afficher une fière maturité ? Tout comme le terrain de jeu de Davis et Coltrane, le rap peut se targuer de compter de multiples sous-genres, influences et sonorités. Le tout, variant selon l’héritage et l’origine de ses représentants, finit par conférer à ce « genre » trentenaire des allures de vieux briscard.

S’il fallait, en appui de ce constat, un modèle de parcours riche et abouti, ce pourrait être celui de Rhymesayers. L’acte de naissance du label fait figure d’exception. Basée à Minneapolis, à des lieues de l’axe Est-Ouest-Sud dominant dans le milieu, la structure est née de la motivation d’un seul homme, Slug, orateur désabusé de son état. L’homme ne répond à aucun schéma. Loin de toute verve « gangsta », dépourvu d’attirail clinquant, Slug est un gosse de l’Amérique moyenne qui a roulé sa bosse, et sa musique s’en ressent. Accompagné d’Ant, DJ et producteur polymorphe, il forme Atmosphere, figure de proue et symbole de l’esprit du label. En douze années et sept albums, le duo a marqué le rap indépendant d’une patte personnelle, dans la veine de lyricistes pince-sans-rire comme Qwel ou Sage Francis.

Face à une discographie sans failles, certains férus de sérénades cuivrées rétorqueront vite que, tout cheminement étant source de rencontres, il serait réducteur de n’avancer en duo. Slug l’a compris, et c’est, les années aidant, une véritable armada de représentants de son art qu’il a su réunir à ses côtés. Murs, Abstract Rude, ou, plus récemment, Freeway et Evidence, sont autant de noms chatouillant l’ouïe du fouineur de vinyles. L’amateur d’expérimentations sur MPC verra lui d’un bon oeil la présence du binaire P.O.S. ou des é(c)lectriques Micranots. Enfin, Rhymesayers peut se targuer de compter dans ses rangs l’un des rimeurs les plus talentueux de ces années de disette, en la personne de Brother Ali. Le rappeur albinos du Minessota possède l’alchimie devenue rare d’une voix puissante et reconnaissable, de textes pensés et pertinents et d’un flow percutant, lui valant la réputation méritée de « précheur du ghetto ».

C’est donc en très bonne compagnie et sur des rails en béton armé que Slug peut poursuivre sa route, dans le sillon crépitant des plus anciens. Et, qui sait, peut-être un jour prodiguera-t-il ses conseils aux jeunes représentants d’un genre à venir, en vétéran aguerri qu’il sera.

Liens

Site du label
Myspace
Myspace Brother Ali
Myspace Atmosphere

Article paru dans le numéro de Février d’Openmag

Les anglicismes, c’est la plaie du fondu de musique, autant qu’un moyen efficace de briller au cours d’un apéritif mondano-parisien. D’autant plus lorsque le terme anglais s’avère presque impossible à retranscrire en mots simples de chez nous. Un Bootleg, par exemple, n’est ni complètement un remix, ni exactement une reprise. Pour faire simple, on pourrait qualifier la pratique de confrontation d’univers opposés par producteur passionné.

En somme, un Bootleg consiste en la superposition des mélodies retravaillées de songwriters (anglicisme +1) et des lyrics (+2) de rappeurs reconnus. Le résultat, souvent distribué sous le manteau, droits d’auteurs exorbitants obligent, peut s’avérer savoureux. Exemples de mariages réussis.

Tom Caruana – Enter The Magical Mystery Chambers

Mélodistes : The Beatles
Lyricistes : Wu-Tang Clan

C’est presque une garantie pour qui veut réussir sa fusion des genres : piocher dans le haut-de-gamme. Ainsi, quels meilleurs fournisseurs de mélodies prêtes à la découpe que les scarabées de Liverpool, et quelle plus grosse mine d’accapella que la discographie des neuf shaolin new-yorkais ? Malgré de solides bases, le risque de superposition hasardeuse  demeure réel, et ne pardonne pas au vu des protagonistes. Si Tom Caruana ne se prend pas les pieds dans le piège à loup, c’est en partie grâce à la bonne idée de mêler originaux des Beatles et reprises inspirées des titres de ces derniers. C’est donc sans impression de redondance qu’on navigue d’une traite d’Abbey Road à Staten Island. Projet à télécharger ICI.

Tor – IllinoiZe

Mélodiste : Sufjan Stevens
Lyricistes : Gift Of Gab, Brother Ali, Outkast…

Le projet de Tor constitue un défi presque opposé à celui de Caruana : pas ou peu de « légendes », un mélodiste seul et des protagonistes variés. C’est dans l’underground qu’a choisi d’œuvrer Tor, en choisissant pour base les compos du génial Sufjan Stevens, conteur discret du Michigan, et en y apposant les rimes de fines gâchettes reconnues. De Aesop Rock à Brother Ali en passant par CL Smooth, les voix des emcees paraîssent avoir été modelées pour appuyer les envolées lyriques de Stevens. Un « noize » sacrément agréable au final, qu’on trouvera ICI.

DangerMouse – The Grey Album

Mélodistes : The Beatles
Lyriciste : Jay-Z

C’est la première grande réussite du genre, au point de demeurer un « classique » pour certains. D’un côté, les Beatles et leur double-album blanc qui signa leur retour au rock. De l’autre, Jay-Z et son Black Album, annoncé (à tort) comme le dernier avant une retraite prématurée. Enfin, dans le rôle du liant, un producteur alors peu connu, Danger Mouse. Utilisant à merveille la voix unique de « Hova », soulignée par les riffs et les embardées binaires des scarabées, la future moitié de Gnarls Barkley donne vie à un « gris » des plus lumineux. Le Black Album sera par la suite repris par un grand nombre de producteurs, de Kev Brown à Kno, sans toute fois égaler la prouesse de cette souris.

Bag O’Chronic #1

Galactic Ya-ka-may
(Anti-)

Qui n’a jamais éprouvé les pires difficultés à satisfaire son public lors d’un barbecue ou d’un réveillon arrosé ? Avec Ya-ka-may, c’est une quarantaine de minutes de repos qu’offrent les Galactic aux DJ frustrés. Tout ce que la musique cuivrée et emplie de basses a pu donner de bon est passé en revue. On croise fanfares, guitare-héros et rappeurs; on breake, on esquisse un pas de salsa, on s’essaye au Boogaloo. Champagne éventé et brochettes brûlées n’ont alors plus d’importance : on danse.
Dark Water


Lilea Narrative Échantillodrome
(Bax Records / Naïve)

Et si, pour trouver les producteurs electro/hiphop de demain, il fallait se rendre à la sortie des écoles de… cinéma ? Tout au long de son second album, le caennais Lilea Narrative déroule en effet une bobine de samples, influences et atmosphères propres au 7ème art. On navigue entre plans-séquence aériens, montage nerveux et fondus enchaînés sur fond de scratchs. Le clap de fin résonnant, on en redemande, en esperant ne pas avoir assité à la dernière séance.


Whitefield Brothers Earthology
(Now-Again / Stones Throw)

La planète a décidément la cote. Tandis qu’Arthus-Bertrand la toise de haut et que d’autres s’y attardent en Scandinavie, les Whitefield Brothers, eux, la parcourent en musique. Les convient munichoisrapeurs tout-terrain (Percee P, Mr Lif) et combos cuivrés (Dap Kings, El Michels Affair) à repousser les limites de leur « raw soul », pour un tour du monde en 13 pistes. Jules Verne lui-même en deviendrait « vert ».

Joyful Exaltation (feat. Bajka)


Souls Of Mischief Montezuma’s Revenge
(Clear Label / La Baleine)

On a bien vite fait de résumer les vieilles gloires du hiphop « 90’s » à des vinyles qu’on dépoussière pour atténuer la nostalgie. Pour leur grand retour, les Souls Of Mischief virevoltent et se renvoient la balle tels de jeunes premiers sur des instrumentaux classieux signés Prince Paul. Le premier fan des « bons vieux jours » s’en verrait bluffé. Et si finalement le rap, c’était mieux maintenant ?

Chroniques à paraître dans le numéro de Février d’OpenMag

Au sein des quelques griefs de la « génération neuf-zéro » contre le rap d’aujourd’hui, le niveau des producteurs a tendance à être minoritaire. En effet, pour peu qu’on prête une oreille non-partisane aux productions de ces dernières années, il est difficile de nier que Pete Rock, Dj Permier et consors peuvent assumer la paternité de quelques beaux rejetons. Après Ant, Kno ou Kev Brown, voici que point le bout du nez d’un certain Damu The Fudgemunk, loin d’être le canard boiteux de la lignée.

Alter-égo d’Insight au sein de Y Society, remixeur chevronné (Madvillain, Panacea), l’homme est actif et a le mérite non-négligeable d’être généreux. Le site de son label Redefinition Records offre en effet aux sceptiques et/ou curieux de télécharger une bonne partie de ses compositions. Art de l’échantillon malin, maîtrise de la rythmique, du scratch, de l’ambiance… tout est fait pour dorloter l’oreille du B-Boy, qui délaissera les aînés sans sourciller. « Like Father, Like Son », qu’ils disaient…


Plus de sons sur le site du label.

De redite à relecture

Pratique répandue, le remix est au HipHop ce que les « Dub versions » enfumées sont au reggae : un passage obligé. Si l’exercice peut paraître aisé de prime-à-bord, il n’en est rien dans les faits. Arriver à appliquer à un accapella une nouvelle compo, capable de se démarquer de l’originale (esprit, ambiance, voire rythme) relève de tout sauf une sinécure.  Si la majorité des remixs peinent à surpasser, voire se mettre au niveau de la première fournée, il est des exceptions précieuses.

Le « Bootleg Versions » des Fugees contient l’une de ces secondes naissances. Morceau emblématique du trio, Ready Or Not représentait sa synthèse : instru en apesanteur, flows acérés, rap et chant mêlés, des références de partout… une prouesse à priori peu aisée à reproduire. C’est ici qu’entre en jeu le talent des « réfugiés » : plutôt que de  conserver les mêmes couplets et les accoler sur une nouvelle boucle, ces derniers ont préféré en réécrire la plupart, ré-agencer le tout, afin de donner l’impression d’une histoire nouvelle autour d’un même thème.

Fugees – Ready Or Not (Clark Kent/Django remix)

L’exercice, habituel chez les Fugees (qui avaient déjà décliné leur hymne « Fugee-La » sur différentes teintes) est ici renforcé par le nouvel instrumental, délivré par Clark Kent. Autre technique imparable pour une seconde version réussie : se fouler un minimum sur la production, en se démarquant au possible des influences précédentes. Quand l’original mêlait la soul des Delfonics aux incantations celtiques d’Enya, le producteur du remix a choisi de faire appel à des inspirations plus jazzy. Et c’est à l’écoute du sample utilisé que la mention « Django remix » prend tout son sens. Magistral.

Modern Jazz Quartet – Django

PS : Petit clin d’oeil à l’oreille attentive de l’homme que l’on nomme Mr Spud, pour l’album de Bootleg des réfugiés.

Le Bon Tuyau

Si chaque génération a ses combats, la musique a toujours été un terrain favorable à la montée d’indignations en tous genres. Des moulins à vent combattus ardemment par les mélomanes frileux (ou de bon goût, c’est selon). Si les expérimentations plus ou moins artisanales menées sur les instruments ont fini par faire leur place aisément, le combat est plus ardu lorsqu’on touche à la plus naturelle des machines à mélodie : la voix.

Dernière levée de boucliers en date, l’Autotune. Un énième anglicisme qui fait frémir, pour un outil qu’on qualifie déjà de « machine à savoir chanter ». Logiciel créé il y a une dizaine d’années, l’autotune a été conçu pour corriger  la voix d’un chanteur en plein concert, ou gommer au mieux l’éventuel caquetage non-maîtrisé d’un rejeton d’Endemol en studio. Une attention louable, qui a vite été détournée par des artistes utilisant le processus comme effet intentionnel, apportant une touche « digitalo-moderne » à leurs sérénades. Cher aura été la première à utiliser le stratagème pour son come-back lifté, suivie par la nouvelle génération d’un Hip-Hop décomplexé, T-Pain ou Kanye West en tête.

Le stratagème, peu naturel et pouvant s’avérer musicalement bancal, n’a pas tardé à susciter l’émoi chez les défenseurs du terroir rapologique. Mascarade, honte, perte des valeurs… l’autotune est voué à diviser, quitte à en nier l’origine. Car, loin d’être une invention née des amours de Méphistophélès et JM Jarre, notre logiciel est le descendant d’outils plus rustiques, et devenus familiers des esgourdes mélomanes.

L’Autotune applique, de façon numérique, les effets du vocoder, de 60 ans son aîné. Machine « arti » permettant de moduler les fréquences de la voix, le vocoder a été utilisé comme outil musical à partir des années 70. Des papas de la techno Kraftwerk à leurs emblématique descendants Versaillais de Daft Punk, en passant par Herbie Hancock ou Pink Floyd, les parrains de l’outils n’auront pas été des moindres.

Le second ancêtre de l’autotune, plus musical, est la talk-box. Différente du vocoder, la « boite parlante » permet de moduler un son d’intrument (synthétiseur ou guitare) à l’aide de la voix et d’un tuyau. C’est donc en bougeant les lèvres que le musicien libère le son de l’instrument. Une sorte de fonctionnement inversé qui n’a pas tardé à faire des émules, tout aussi talentueux que ceux du cousin. Le rap est ici plus concerné, le parrain de la talk-box n’étant autre que Roger Troutman, modèle de la génération « G-Funk » de Dr Dre, 2Pac et consors. Mais ce sont les quelques vidéos d’un des premiers utilisateurs de la technique qui en démontrent l’intérêt musical -et funky- certain.

Voilà finalement ce qui devrait permettre à l’autotune de faire sa place, loin des luttes intestines : une utilisation pertinente par un artiste de talent. De quoi transformer les sceptiques en adeptes qui en redemandent, et laisser la place à un nouveau moulin à vent, ou à tuyau, au choix…

Certains s’en réclament, d’autres, plus modestes, refusent l’étiquette, et ce sont souvent les plus discrets qui méritent l’appellation. Les visionnaires, en musique comme ailleurs, sont une espèce qui se raréfie, aussi passionnante à étudier que difficile à repérer. Galt MacDermot et David Axelrod sont de ceux-là, de ces artistes capables d’intégrer ce qui a passé pour mieux imaginer ce qui vient. Des touche à tout, musiciens, compositeurs, arrangeurs, amateurs de Jazz, de Soul comme de Classique. Deux génies bien vivants, en accord avec leur temps, et qui, des années après leurs premières compos, continuent d’inspirer bon nombre de tritureurs sonores.

Galt MacDermot, c’est le voyage. Né en 1928 à Montréal, ce fils de diplomate pianiste a été baigné très tôt dans le Jazz et le classique, au point de se lancer dès ses 8 ans dans l’étude du piano. Suivant son père quinze ans plus tard en Afrique du Sud, il devient prof de musique, et découvre de nouvelles sonorités. Les percussions et chants traditionnels du Cap font echo au Jazz de Duke Ellington (qu’il vénère). C’est d’ailleurs de cette inspiration que naitra le premier titre diffusé de Galt, « African Waltz » (popularisé par Cannonball Adderley). Mené à New-York par le succès du titre, le canadien y composera son premier album, « Shapes of Rythm », et fondera le label Kilmarnock Records.

En 1967, MacDermot se lance dans la composition de Hair. Après des débuts laborieux, le spectacle cartonne, s’exporte -presque- partout, et fait l’objet d’un film. Un succès inespéré pour son auteur, mais, surtout, un réelle aubaine, Galt pouvant alors désormais se concentrer entièrement sur la musique, sans soucis de rentabilité. Entres bandes originales de films (dont l’un des premiers estampillé « Blackspoitation ») et retrouvailles avec ses collègues Jazzmen, MacDermot avance, bidouille, explorant Amérique comme Afrique.

Comme une confirmation (peu nécessaire) de son statut de compositeur génial, Galt MacDermot aura au fil des années inspiré bon nombre de musiciens, de reprises bien senties en hommages samplés.

Héritage sélectif :
Coffee Cold >> Handsome Boy Modeling School – The Truth
Space >> Busta Rhymes – Woo Hah
And He Will Not Come Again >> Wax Tailor – Que Sera
Golden Apple, Pt II >> Jay Dee – Mash

David Axelrod, ce sont les rencontres. Le première avec les cuivres de la Soul et du Jazz, dès sa naissance en 36, suivis de près par la batterie, qui lui permettra d’honorer ses premiers contrats à 20 ans à peine révolus. Puis ce sont d’autres musiciens, d’abord Lou Rawls, puis Cannonball Adderley (encore lui), pour qui il produira albums, reprises de standards, et premiers succès. C’est chez Capitol que David sort ses deux premiers albums, « Songs of Innocence » puis « Songs of Experience », deux petites merveilles espacées d’un an seulement.

En 1970, Axelrod quitte Capitol pour fonder sa propre maison, comme l’avait fait Galt avant lui. Il continue alors à travailler avec Rawls et Adderley, découvre de nouvelles voix, influences et inspirations, et produit de nombreux albums, dont certains ne verront jamais le jour. C’est une récente rencontre, en 2005 avec le mythique label Blue Note, qui permettra la venue au jour de « The Edge« , superbe anthologie, résumant 4 années de chemins croisés.

Comme MacDermot, Axelrod aura, dès les années 1990, inspiré le travail de nombreux adeptes du sample bien senti, de Dj Shadow à Dr Dre. Des rencontres, encore et toujours.

Héritage Sélectif :
Holy Thrusday >> Pete Rock & Ini – Think Twice
Urizen >> Jurrassic 5 – A Day At The Races
The warning talk (part 1) >> Mos Def – Hip Hop
A Divine Image >> Cypress Hill – 16 Men Till There’s No Men Left

OXYMORE. n.m. – Fig. de style.

Un oxymore est l’alliance de mots dont le rapprochement est inattendu. Deux termes accolés dont le lien s’avère tout sauf évident. L’obscure clarté du Cid de Corneille illustre souvent la figure, mais l’on pourrait citer bien des exemples, y compris dans le domaine qui nous intéresse : guitariste manchot, jazzman binaire, parolier sobre, ou encore critique objectif (…). Si, la plupart du temps, l’incompatibilité de ces mots est avérée, il arrive que certaines combinaisons finissent par prendre sens, comme une évidence.

Exemple parlant : reggae français, soit Europe et Caraibes, cagnard et climat modéré, vibe et mélodie, ganja et pinard. Une alliance qui, il est vrai ne colle pas à première vue. Et force est de constater que, depuis Gainsbourg et ses sillons enfumés, les tentatives de rapprochement franco-jamaicains auront été autant de pistes glissantes que peu auront su arpenter habilement. Parmi les quelques réussites, on pourra citer (tous styles confondus) Zenzile, Livin’ Soul, Dub Incorporation ou encore l’exilé Manjul.

Dernier cas d’oxymore qui colle en date : Mo’Kalamity & The Wizards. Activiste depuis dix ans, Mo’Kalamity a débuté comme choriste avant de s’entourer de ses « magiciens » et donner vie à un très beau premier bébé en 2005. Tout au long de « Warriors of Light« , le combo du Val d’Oise délivrait un reggae-roots pur jus ne souffrant pas la comparaison avec les productions maison des « Yards » de Kingston.


Sur « Deeper Revolution« , nouvel ouvrage, on retrouve ces éléments bluffants, prompts à berner le plus aguérit des adeptes d’Hallie Selassie. Tout d’abord, les Wizards, loin d’un backing-band basique, s’avèrent être une sacrée bande de bons musiciens. Basses profondes, riffs de guitare à-propos, flûte traversière bienvenue, et une section rythmique talentueuse (dont Mano des K2R Riddim). C’est ainsi sur un bel écrin que se pose la voix à mi-cassée de Mo’Kalamity. Et, comme un symbole du pont tendu entre France et Jamaique, la diva alterne titres en anglais, forcément plus efficaces, et quelques tentatives en français réussies (l’exercice est pourtant risqué, d’aucuns en témoigneront).

C’est donc un argument de poids qu’oppose Mo’Kalamity et ses Wizards aux défenseurs d’une incompatibilité avérée entre France et Roots. Un des premiers défenseurs de ce mariage avait affirmé, entre deux gitanes aromatisées, « Il y a une telle puissance dans cette rythmique. C’est tellement dynamique…« . Gainsbourg l’avait ressenti, Mo’Kalamity continue de le prouver.

A noter que le groupe sera en concert à La Java le 10 Décembre prochain, et que c’est à ne pas rater.

… one (exciting) video.

d&dJ’en conviens volontiers : un blog, c’est avant tout un lieu propice à refourguer du poisson de première fraicheur, en prohibant le surgelé à coins carrés. Alors, certes, les produits de saison, y’a rien de tel, mais même les disciples d’Epicure ne pourront nier l’évidence : on trouve parfois, au fond des congélos, quelques mets apportant une saveur supplémentaire à nos repas quotidiens, se résumant parfois à soupe et mets de mauvais-goût.

Sorti du freezer aujourd’hui, un ce ces clips se faisant rares sur les marchés de nos jours. Une réunion d’ingrédients de premier choix, au frais depuis 1995, sorte de poêlée de rappeurs goûtus :

The D&D All Stars – 1,2 Pass It

Les ingrédients sont ici simples, mais efficaces, et l’opulence est de mise. Une bonne demi-douzaine de MCs (Jeru Tha Damaja, Doug E. Fresh, KRS-One, Smif-N-Wessun, Fat Joe et Mad Lion), liés par une sauce « première » (connue pour être l’ingrédient de base du Gangstarr).

Le tout, saupoudré d’une grosse pincée de bon esprit Hip-Hop, est garanti sans conservateur. Date de péremption : illimitée. Ce genre de plats, on pourra y goûter à nouveau dans 10 ans et le préférer à un tambouille plus fraîche, certes, mais bien moins gouleyante.

« Parfaitement intraitables »… définitivement !

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